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L'accusation parle (entre autres) de la casquette de Charles Blé Goudé

11 novembre 2014 - 12:11

L'accusation parle (entre autres) de la casquette de Charles Blé Goudé

Amady Ba est le chef de la coopération internationale au bureau de la procureure de la Cour pénale internationale. Dans cet entretien avec Ivoire Justice, il revient entre autres sur l'audience de confirmation des charges dans l'affaire Charles Blé Goudé. Certaines questions posées sont celles des followers de notre page Facebook.

Propos recueillis par Maxence Peniguet et Eric Beauchemin

Ivoire Justice : De quoi Charles Blé Goudé est-il accusé ?

Amady Ba : Charles Blé Goudé est accusé par le bureau du procureur d’être responsable de crimes graves, de crimes contre l’humanité, notamment de quatre chefs de crimes : de meurtres, de viols et d’autres formes de violences sexuelles, des actes de persécution et puis des actes inhumains que le Statut de Rome punit comme crimes graves. Alors, c’est cette responsabilité dans la commission de ces infractions que le procureur, sur la base de son enquête, a emmené devant les chambres.

IJ : Qu’avez- vous avez pensé des arguments de la défense ?

AB : D’une part, le procès pénal est une procédure entre l’accusation et la défense, arbitrée par des juges indépendants. Alors, une chose est ce que dit la défense, que nous respectons, mais nous sommes confiants pour nos dossiers, nous n’allons pas juger les arguments de la défense. Nous l'avons fait à l’audience. Nous avons répliqué aux arguments, nous avons déposé les preuves, que nous estimions pouvoir renvoyer monsieur Blé Goudé à l’audience pour y être jugé. Et ce sont les juges qui décideront.

IJ : On a vu la défense, et ceux qui la supportent, se moquer de l’accusation à propos de la casquette noire. Il serait ridicule de présenter une casquette noire comme preuve. Est-ce que vous pouvez préciser ce que représente la casquette noire de Charles Blé Goudé ?

AB : Cette casquette s’adresse aux jeunes patriotes. D’après les messages que nous avons vus, d’après les éléments que nous avons vus, et d’après Blé Goudé lui-même. Alors, c’est un langage codé. Un langage codé que peuvent lire les jeunes patriotes, lui-même l’a dit, je ne fais que paraphraser ce qu’il a dit, ça veut tout dire, donc ça peut donner des messages. Ça peut donner des positions et des stratégies à travers cette casquette que lui-même a reconnue.

IJ : Qu’est-ce qui est codé ?

AB : L’interprétation, à l’audience, nous permettra de démontrer que c’est un langage codé.

IJ : Si les charges sont confirmées, vous le démontrerez...

AB : Quand vous me dites vous-même que cette casquette est codée, que c’est un langage codé, est-ce qu’il y a des preuves beaucoup plus importantes que l’aveu que vous faites ?

IJ : On a l’impression que la représentante légale des victimes, Paolina Massidda, est beaucoup derrière l’accusation. Travaillez-vous ensemble ?

AB : Derrière l’accusation, qu’est-ce que vous voulez dire ? Qu’il y ait une complicité ? Non ! Ce sont deux structures différentes, qui travaillent chacune avec un objectif, un mandat déterminé, mais vous avez vu que sur le plan national, le parquet de la République, dans un État organisé, représente la société, mais représente également, en mettant en œuvre l’action publique, pour lutter contre l’infraction, quelle qu’elle soit, également porte la voix des victimes. C’est pourquoi, peut-être, il y a des zones de convergences par rapport à nos points de vue, (...) on veut réparer, on veut justice pour ces victimes.
 

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Plus de quatre cents victimes inscrites dans ce procès. Madame le procureur porte déjà leur espoir à travers la preuve qu’elle montre et qu’elle démontre sur les auteurs qui ont été identifiés. Donc, il y a normalement des zones de convergences, mais il n’y a aucune complicité du point de vue ni séquentiel, ni juridique, ni légal.

IJ : L’accusation a-t-elle commis une erreur pendant la procédure ?

AB : Nous sommes confiants, je vous l’ai dit, dans ce dossier. Tant sur le fond que sur la forme, et de la manière dont les enquêtes et les poursuites ont été menées. Et nous sommes confiants aussi du dossier sur le fond. Pour un procureur, qu’est-ce qu’il peut vous dire de plus ? Je ne suis pas enquêteur, je ne suis pas substitut du procureur, je suis chef de la coopération. Nous ouvrons les portes pour faciliter le travail. Mais je suis membre d’un bureau où je n’ai jamais entendu (...) quelqu’un douter une seule fois de la pertinence des éléments que nous avons sur ce dossier.

IJ : Au niveau des preuves, il y a eu aussi des témoignages, une mise en doute de la crédibilité d’un des témoins...

AB : L’appréciation du témoignage ; d’un témoin, c’est encore le juge. Je ne peux pas entrer, m’interférer dans ce qui est donné, de manière légale et juridique, aux  juges. Je ne peux pas décider à leur place.

IJ : Que pensez-vous de l’intervention de Charles Blé Goudé ?

AB : Ce n’est encore pas à moi d’apprécier les arguments et les paroles de l’accusé. C’est vraiment aux juges. Je ne vais pas intervenir, interférer dans le pouvoir qui est reconnu aux juges de la CPI.

IJ : Est-ce que malgré tout, les paroles de Charles Blé Goudé ont eu un effet sur l’accusation ?

AB : Mais je vous ai dit, c’est un procès judiciaire, où on n’apprécie pas des paroles et des discours. C’est un dossier, déconnectez-vous des tribuns, des trucs de discours. Allez sur une audience où on démontre que « vous avez fait ça… » ou que « vous avez dit ça. » Et cela a un impact sur les crimes.

(...) Alors, les discours sont importants dans un autre contexte. Ici, ces discours veulent dire « c’est pas moi, c’est pas vrai. »

Mettez-vous dans le cadre strict de l’appréciation des impacts de théories et voyez si ce que madame la procureure a produit, ça confirme les crimes qu’on lui reproche. Tout le débat de cette affaire, et d’autres, c’est ça.

IJ : Parlons maintenant de la Cour pénale internationale d'une manière plus générale. Quelle est sa véritable mission ? Est-ce une cour pénale internationale ou une cour africaine ?

AB : La CPI est une juridiction internationale permanente et indépendante de lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale, notamment lutter contre les crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de génocide. Elle n’est pas une cour africaine, même si des Africains y travaillent. Elle n’est pas non plus une cour africaine parce qu'elle poursuit des Africains.
 

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Sa mission, c’est de prévenir la commission de ces crimes sur la base des enquêtes de madame le procureur. La Cour procéde aussi à des sanctions qui auront un impact sur la prévention des crimes.

IJ : Beaucoup de personnes se demandent si la Cour est vraiment impartiale, si la Cour ne serait pas à la solde de certaines grandes puissances ?

AB : Dans le bureau où je travaille, d’abord, nous n’avons de chef et d’autorité que le Statut [le Statut de Rome, qui gère le fonctionnement de la CPI, NDLR] que nous suivons dans l'esprit et la lettre. Nous collectons des informations, et des preuves, nous poursuivons les plus hauts responsables des crimes dont je viens de parler, et s’il y a des preuves suffisantes, nous les conduisons devant les juges qui ont le pouvoir de prendre les décisions qui sont conformes à l’esprit et la lettre du Statut de Rome. Il n’y a pas ici de politique, il n’y a pas d’État qui intervient dans ces procédures, les juges sont indépendants, le bureau du procureur est indépendant.

Il faut qu’on le réaffirme pour que les personnes comprennent, que même si des crises et des crimes peuvent avoir pour origine un contexte politique, la juridiction, elle, dans sa démarche, dans ses procédures, n’applique pas la politique, elle applique le Statut de Rome.

IJ : Et en Côte d'Ivoire, la CPI est-elle impartiale ? Justice sera-t-elle rendue pour tout le monde — et pas que d'un côté ?

AB : C’est une question qui revient très souvent, et je voulais vraiment, au nom de madame le procureur, encore une fois, rassurer ceux qui posent cette question. Ce bureau est un bureau indépendant qui fait ses activités sans aucune pression. Et de manière impartiale. Et je comprends la préoccupation et le besoin de justice immédiat des victimes et de tous ceux qui sont préoccupés par la justice dans tous les camps et dans toutes les zones. C’est des crimes complexes, qui demandent beaucoup de temps, d’enquêtes, de réflexions, de stratégies.

Elle l’a toujours répété, et elle le maintient, les enquêtes vont le prouver, qu’aucun camp ne sera épargné. Aucun crime grave, c’est-à-dire grave, la notion de gravité, je vous renvoie à ça, au Statut de Rome, je vous renvoie à ce qu’on entend par « plus hauts responsables », un petit nombre de personnes, pas tous, des deux camps, quels qu’ils soient, leur origine, nous rendrons justice. Il n’y a pas une raison d’ignorer un camp. Les enquêtes se poursuivent et se poursuivront.

IJ : Est-ce qu’il y a des mandats d’arrêt de délivrés ?

AB : Mais, nos enquêtes sont confidentielles, vous avez eu le temps, où les juges nous ont donné les mandats d’arrêt contre les personnes dont vous parlez, et les moments où ils ont été rendus publics. On ne parle pas de nos enquêtes, ni de notre stratégie et de nos interactions avec les juges.

IJ : Toujours sur les deux camps : est-ce qu’il y a des enquêtes en cours sur les événements de Duékoué ?

AB : Duékoué, tout le monde sait à quoi cela se rapporte, du point de vue géographique et du point de vue des crimes qui ont été commis. (...) Comme je vous l’ai dit, les enquêtes se poursuivent, elles se feront de manière indépendante et impartiale, coordonnée, et puis, nous n’allons pas laisser en rade des crimes graves commis dans cette zone.


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IJ : Abordons l'affaire Simone Gbagbo. Aujourd’hui, on voit l'ancienne première dame « entre deux cours », entre Abidjan et La Haye...

AB : Le Statut était très clair. La complémentarité est un principe inscrit dans le Statut de Rome. Elle donne compétence en premier ressort aux juridictions nationales. À tout moment, un État peut dire, je ne vous rends pas telle personne parce que je suis en train d’enquêter sur elle ou sur lui.

Dans l’affaire Simone Gbagbo, nos enquêtes et nos investigations nous ont donné des éléments de preuve pour lesquelles nous avons demandé un mandat d’arrêt. Les juges nous ont gratifié de ce mandat. Quand il a été levé, les autorités ivoiriennes ont dit « on était en train de poursuivre cette dernière pour les mêmes faits ». Et puis maintenant, dans ces circonstances, ce sont les juges qui arbitrent.
 

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Les juges ont été saisis d’un dossier de l’État ivoirien, ils sont en train d’examiner les pièces de la procédure, et les enquêtes menées contre elle par rapport aux crimes dont nous estimons qu’elle est responsable, ils vont rendre la décision. Récemment, comme vous le savez, les juges ont demandé des informations complémentaires à l’État ivoirien qui les a déposées. Nous avons donné notre avis et nous attendons la décision.

Cette décision peut être en faveur de madame le procureur (…) comme elle peut être en sa défaveur.

Mais je vous dis simplement que le système est protégé. Qui assure le respect du système ? Ce sont les juges. Sentinelles du respect de l’esprit et de la lettre du Statut de Rome.

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Si cet entretien avec Amady Ba vous a intéressé, vous aimerez peut-être notre rencontre avec Claver N'Dry, avocat de Charles Blé Goudé.

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Commentaires

hummmmmmm. la CPI a toujours été et restera un instrument au service de l'occident. sinon coment comprendre que le President Gbagbo soit detenu pour des crimes dont on a du mal à trouver les preuves. et pendant ce temps les vrais criminel ssont en liberté absolue. mais sachez que tout ceci pendra fin tôt ou tard et la vraie justice sera connue de tous.

soyons realiste qui a fait qoi? d'ou es parti la crise?

C'est méchant de voir le bon et dire que c'est le mauvais. Mais tôt ou tard le soleil se lèvera.

Soyons souder ivoiriens ,ne laissons pas les vampires, les blancs nous diviser .Ils veulent nos ressources naturelles .Pendant la colonisation ils nous ont diviser pour mieux nous dominer.changeons ensemble de mentalité soyons panafricanistes.......................

la cpi n' est pas une institution crédible .la cpi ne juge que les africains sinon comment comprendre que LES ÉTATS-UNIS et la FRANCE par le biais de L’ONU tuent des civiles en Irak, en Syrie , en Libye... sans être inquiété .Ont-ils un permis de commettre des crimes contre l 'humanité? En cote d ivoire le conflit post-électoral voulu par les sbires et les vampires impérialistes a opposé deux camps .il y a eu des tueries à l 'ouest près de 1000 guérés tués mais la représentante des victimes Paolina Massidda n'a pas des guérés dans son rapport.JUSTICE IMPARTIALE mon œil .quand la justice qui doit rendre justice commet des injustices qui punira la justice .que DIEU nous protège NOUS les victimes pro-Ado et pro -Gbagbo.

nous sommes dans un monde ou les plus fort écrase le plus faible c'est le cas de l'occident avec les chefs d'Etat Africain qui lutte pour sortir des mains des occidentaux .sinon que a pu bien fait LG pour être à la CPI mais " un jour il fera jour "et tout le monde comprendra ke LG n'a rien fait de mal mais plus tot qu'il voulait la liberté de son peuple

la justice n'existe pas sinon les innocents n'allaient pas mourir dans les prisons cadeau!!! Seul DIEU est justice s'il arrivait qu'ils sont condamné ils seront tout simplement des martyres pour moi !

Mr amady ba est un plainsantain comme madame Bensouda. le droit tout le monde le fait et a ma connaissance vous n'etes pas les meilleurs avocats ou procureurs du monde.Donc arreter de distraire le monde. Si la CPI se dit une cour de justice impartiale qu'elle aille arreter Nicolas sarkosy car il a une part importante dans les massacres a grande echelle en cote d'ivoire et en libye. il ne peut pas se cacher . Cpi montrer un peu que vous avez de l audace en deposant au moins un acte d'accusation contre ce francais. sinon votre est moribonde. de toute facon vous avez interet a suivre les instructions des bailleurs de fond de la CPI et les grandes puissances sinon vous n aurez votre salaire a la fin du mois et de travail et ca madame la Bensouda le sait tres bien. Donc continuer d'etre des esclaves des bailleurs de fond . Merci

vous savez arrive souvent que les circonstances de la vie et le chemin du destin vous conduisent au carrefours ou s'entre-choquent les événements qui participent a construire l'histoire et qui font de nous des témoins privilégiés de ce que sera le futur.

vous savez il arrive souvent que les circonstances de la vie et le chemin du destin vous conduisent au carrefours ou s'entre-choquent les événements qui participent a construire l'histoire et qui font de nous des témoins privilégiés de ce que sera le futur.

LES VRAIS TUEURS SONT LIBRES

La CPI à travers le procès du Président Laurent Gbagbo nous montre qu'elle est un instrument au service des occidentaux, sinon comment comprendre que la popularité de quelqu'un peut faire l'objet de refus d'une liberté conditionnelle! Mieux encore pourquoi garder quelqu'un quand on a pas de preuves contre lui dans une affaire où l'on le croirait impliqué. Je suis plus que jamais convaincu que la CPI n'est qu'une arme pour tuer le panafricanisme mais elle se trompe car l'Afrique se réveille .

Apres une culture il y a bien une recolte!Alor cesser de mantir et lesser la justice faire son travaille.felicitation a la cpi car elle ne se fait pas intimider.

lutter pr le dvpmt d sn pays è d'êtr 1 meutrié é cel8 kia tué san pensée é aek haine et envoumant kmt l'apel t'on alors dite le mw lè enfants du capiralisme

xa xèpa fo blanc na jms eu d'ami le noir xe nèke lè interêt ki ns lie by françois mitterand

a vrai dire l afrique restera t elle qu elle est!aujourd hui mon president est accuse de crime contre l humanute pourvue que le blan et son gouvernement qu il a mis en place arrivent a beneficier de la richesse ivoirienne tout en fermant leurs yeux sur ses majaurites de crime que les rebelles ont commis;mais comme on le dit dans nos jagua de la maniere tu viens au pouvoir tu repartiras comme sa donc ils n arriveront pas au bout de leurs idees!

La CPI n'a de crédibilité qu'au regard d'elle-même. Sinon, au vu du déroulement du procès du Président LAURENT GBAGBO, nous ne pouvons que douter de sa sincérité véritable. Et c'est dommage pour son avenir et devenir.

l'accusation ne cherche pas à écouter ce que disent Blé Goudé Laurent Gbagbo; elle exécute une feuille de route qui est de condamner les accusés.